Galère dans le désert

us Lake Havasu City, United States - 21 May 2012 - 8 comments

Je me suis arrêté à Lake Havasu City parce que c'était à peu près à mi-chemin entre Flagstaff et Los Angeles, et je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour faire une pause. Je fais du CouchSurfing chez une dame très gentille qui est passionnée par la reproduction des tortues marines et qui passe tous ses étés au Mexique avec ses deux filles. Elle fait pas les choses à moitié et elle a carrément mis un drapeau français devant sa maison pour me souhaiter la bienvenue!

Le fait que son mari ait quitté le domicile conjugal il y a quelques mois ternit un peu le tableau, mais bon après tout ce n'est pas de mon ressort - même si j'ai appris des détails croustillants sur leur vie intime. Et puis il y a une copine à elle qui habite dans la maison parce qu'elle s'est elle aussi engueulée avec son mari. C'est fou comme les gens peuvent se confier à un quasi-inconnu, d'ailleurs. Quand j'aurais fini de me balader je vais devenir psy, je crois...

Enfin bref, elle a préparé un très bon dîner mexicain et je suis accueilli comme un prince, ce qui est bien agréable. Le lendemain je décide de faire une petite excursion à Oatman - c'est une vieille ville façon Far West, qui apparemment possède une ambiance particulière et tout ça. Il paraît que dans les rues se promènent des mules en liberté (les fameux burros), qu'on peut leur donner à manger et que c'est très rigolo. Alors pourquoi pas?

Je me lance donc mais quelques kilomètres après être sorti de Lake Havasu City, j'arrive à un embouteillage. Vraisemblablement important puisqu'au bout d'une bonne demi-heure je n'ai avancé que d'une dizaine de mètres. Je suis pas rendu à cette allure...

Et puis encore une grosse demi-heure plus tard des gens commencent à faire demi-tour. Je finis par interpeller des gars qui sont dans un pickup qui a l'air officiel avec des gyrophares sur le toit et tout le toutim, et je leur demande ce qu'il se passe. Il semblerait qu'un camping car ait pris feu sur la route avec des gens dedans, et que donc la route est bloquée et que ça devrait encore durer quelques heures. Formidable. Mais que je peux passer offroad si je veux. Forcément, on est dans le désert donc ils ont construit une route toute droite - mais à côté de l'asphalte c'est du sable et des cailloux avec des pistes qui vont un peu dans tous les sens.

Je demande si c'est vraiment pratiquable avec ma voiture. Toute Hyundai de feu qu'elle soit, la garde au sol est quand même pas géniale, et puis j'en ai déjà cassé un bout alors il faudrait voir à pas trop exagérer... Mais le gars me répond que c'est bon tant que je roule pas vite, c'est tout plat!

Alors j'y vais - je bifurque sur le côté de la route et je rentre sur une piste en suivant des gros 4x4. Je roule lentement et j'ai les yeux rivés sur le chemin. Je fais presque 2 miles comme ça, je dépasse l'accident et même si je suis pas très rassuré, je me dis que je m'en suis pas trop mal sorti. Je commence à essayer de voir comment je pourrais récupérer la vraie route qui passe à 25 mètres de là mais il y a des herbes et un gros talus donc je continue à suivre les voitures devant. Qui empruntent un chemin sur la gauche qui va vers la route... mais qui est bloqué par des herbes au bout. Demi-tour!

"Et là, c'est le drame."

Au moment où la bifurcation rejoint la piste, il y a plein de sable mou et de grosses pierres qui roulent - c'est passé dans un sens mais ça ne passera pas dans l'autre. Je sens la voiture qui s'enfonce doucement mais sûrement dans le sol, les roues patinent... Marche avant, marche arrière, rien à faire, je suis planté. Quand je sors regarder l'étendue des dégâts, ce n'est pas très joli: le chassis est posé sur le sable et j'ai une roue qui tourne dans le vide. Youpi...

  

Je commence à demander de l'aide aux gens qui passent sur la piste mais aucun ne semble disposé à vouloir me prêter main forte. Pas très cool mais bon, c'est pas grave. Il y a plein de voitures bloquées dans l'embouteillage sur la route, je vais bien trouver un bon Samaritain.

Et c'est là que l'expression "traversée du désert" a pris tout son sens pour moi. Je me retrouve donc en plein cagnard, à marcher sur la route pour demander à des gens une corde et de l'aide pour sortir ma voiture qui est plantée là-bas. Sans eau, évidemment, sinon ce serait pas rigolo... Et c'est aussi là que je me prends l'Amérique en pleine face: personne ne va me filer un coup de main. Il y a eu toutes sortes de réactions, ma préférée étant le mec qui dit qu'il a pas de corde alors qu'il y en a une dans la benne de son pickup. Je ne compte pas le nombre de fois où les gens ont refermé leur vitre ou où j'ai entendu le 'plip' de la fermeture des portes... Le jeune qui me dit qu'il m'aurait bien aidé mais que là il est pressé était pas mal non plus (sachant qu'il était bloqué dans l'embouteillage depuis un moment déjà, c'est moyen crédible). Ah, et puis il y a eu le mec qui m'a demandé ce qui se passait et qui était hilare de savoir que j'étais planté. Mais qui m'a pas aidé pour autant.

Enfin bon - de désespoir je téléphone à ma CouchSurfeuse, qui elle est gentille et promet de venir me tirer avec son 4x4. En attendant, je me cache tant bien que mal à l'ombre d'un cactus en essayant d'oublier qu'il fait chaud et que j'ai soif. Et pour faire bonne tenue j'enlève mon t-shirt et je me le mets sur la tête. Ca serait con de se taper un coup de chaud en plus.

Après une heure qui m'a semblé une éternité, victoire, je vois la voiture arriver... Elle met le 4x4 en ligne, on accroche la corde, et hop on tire. La première fois j'avais oublié d'enlever le frein à main donc ça a pas marché, et ensuite ben... ça a toujours pas marché. Et à un moment on entend 'clac... pssssssshhh'. Dommage, la valve de son pneu arrière a sauté et elle a maintenant un pneu à plat. Monde de merde.

Entre temps les paramedics sont arrivés sur les lieux, et me demandent si ça fait longtemps que je suis là, parce que des gens ont rapporté "a suspicious man walking shirtless in the desert". Oui oui c'est bien moi, et non je ne suis ni un Mexicain en situation irrégulière ni un terroriste en train de préparer un prochain attentat. Oh, America...

Finalement le gars des paramedics est assez gentil, il nous donne de l'eau pour pas qu'on se déshydrate et puis finalement on reste un moment ensemble parce que le temps que notre dépanneuse arrive, lui se retrouve en carafe aussi parce qu'il a laissé les gyrophares et tout le bordel avec le contact coupé, du coup sa batterie est morte. Comme quoi. Ça lui apprendra à se moquer du fait que j'aie mis un tshirt noir aujourd'hui.

Et puis finalement, la dépanneuse arrive, tire les deux voitures d'un coup sans problème. Le gars a même une bonbonne avec de l'air dedans donc on peut regonfler le pneu (en fait il semblerait juste qu'il se soit dégonflé bizarrement mais qu'il soit pas crevé). On s'arrange en payant en liquide avec un gros tip pour qu'il nous compte seulement une voiture à dépanner, et hop me voilà revenu sur le bitume avec 100$ de moins en poche. Et je suis bien content parce que ça aurait pu me coûter bien plus cher.

Du coup je rentre à la maison et je décide de rester une nuit de plus pour me remettre de mes émotions. La dame est à mes petits soins et me couvre de bières fraîches et de sandwichs au poulet, exactement ce dont j'avais besoin. Pour me rattraper je l'aide à faire des bracelets qu'elle va vendre à la sortie de l'école pour financer son refuge à tortues, et tout le monde est content.

  

Le lendemain, reposé et frais, je m'en vais visiter la ville et les bords du lac. Ben voilà, y'a pas grand chose à voir, mais en revanche il est facile d'acheter une arme puisqu'il y a plein d'armuriers (en fait il semblerait que vu que c'est à la frontière avec la Californie et que les lois sont différentes là-bas, le commerce trans-frontalier - notamment en matière d'armes - est florissant). Et il fait toujours une chaleur pas possible - 107°F le jour où je suis parti, soit quasiment 42°C... Bientôt la mer!