Pentecôte, Epi et le saut du Gol

vu Pentecost & Epi Islands, Vanuatu - 17 Jun 2012 - 8 comments

Il y a beaucoup d'îles au Vanuatu, chacune avec sa spécificité: un volcan en éruption, des tribus qui font de la magie noire, du matériel militaire de la Seconde Guerre Mondiale, des plages de sable blanc... Et il y a Pentecôte, où se déroule chaque année la cérémonie du gol.

La tradition remonterait à très longtemps - une femme, fatiguée de son mari, se serait enfuie dans la jungle pour lui échapper. Alors qu'il courait à sa poursuite, elle serait montée dans un banyan, se serait attaché des lianes au pied et aurait sauté dans le vide. Le brave homme, dans sa précipitation, se serait lui élancé sans prendre le soin de s'attacher des lianes, et se serait écrasé en bas de l'arbre. Et n'aurait bien sûr pas survécu... Depuis, les hommes de l'île, bien décidés à ne pas se faire avoir une nouvelle fois, se livrent à ce périlleux exercice qui leur sert aussi de rite de passage à l'âge adulte. Et comme ça se passe à la saison des ignames, un joli saut leur garantit une récolte abondante - ce qui ne gâche rien.

En ce qui nous concerne, on a attendu d'avoir de bonnes prévisions météo, on a réservé un avion privé (c'est pas la classe?) et on s'est envolés, direction Pentecôte. Après une grosse heure de vol à survoler le Pacifique et ses atolls coralliens, on atterrit à l'aéroport de Lonorore. Pas la peine de chercher le comptoir d'enregistrement et la salle d'embarquement, c'est pas trop l'esprit - par contre la population locale est là pour nous accueillir comme il se doit!

  

  

Quelques centaines de mètres plus loin, on arrive sur le site du saut proprement dit. J'avais un peu peur de me retrouver dans un Disneyland pour touristes - et même si le truc n'a pas l'air 100% authentique c'est beaucoup mieux que ce que j'avais imaginé! La tour en bois est installée dans la pente, les spectateurs sont au premier rang, les danseurs au fond, et le chef de la tribu supervise les opérations - vêtu de son seul namba, l'étui pénien traditionnel.

  

Après quelques danses pour se donner du courage, les premiers sauteurs se mettent en place sur la tour. Les plus jeunes commencent et sautent des étages inférieurs - à chaque fois, le départ se fait d'un peu plus haut que la fois d'avant... Les premiers sauts ne sont très impressionnants, surtout vus d'en bas - par contre, les gamins ont l'air moins rassurés une fois sur la plate-forme. Il y en a un qui n'a pas l'air motivé - sautera? sautera pas? Les danseurs redoublent leurs efforts pour l'encourager - un refus de saut serait probablement déshonorant pour la famille! Heureusement, il finit par sauter.

  

Le temps passe, et les sauteurs prennent de la hauteur... On peut maintenant se mettre à compter entre le moment où le bonhomme s'élance et le moment où l'on entend le 'crac' caractéristique de la liane qui se rompt pour amortir la chute, juste avant que le corps touche le sol. Ça devient intéressant!

Certains disent que c'est cette tradition qui aurait inspiré le bungee jumping - en tout cas la position me paraît différente: ici il faut faire attention à bien se propulser vers l'avant en essayant de garder le corps à l'horizontale. Et la chute s'arrête lorsque le corps rentre en contact avec le sol, que ce soit brutalement ou non. Les sauteurs ont la responsabilité de leur "matériel" - ils récupèrent et tressent les lianes, et sont eux-mêmes responsables de la longueur et de l'élasticité de leur "élastique".

Les spectateurs se prennent rapidement à l'ambiance - ça mitraille de photos dans tous les sens, on s'impatiente lorsque le sauteur se met en place, on retient son souffle lorsqu'il saute et on applaudit lorsqu'il se relève, visiblement toujours en vie. Au rythme du pas des danseurs et des cris et sifflements des femmes...

  

  

On arrive finalement au dernier saut - depuis le dernier étage tout en haut de la tour. Après avoir longuement salué la foule, il s'élance. Comme prévu, une liane casse dans un grand craquement... suivie par un gros bruit sourd et les clameurs du public. Pas de chance, cette fois-ci, les deux lianes ont cassé et l'homme est étalé sur le sol.

Les "premiers secours" arrivent - on lui donne des baffes, lui tourne la tête dans tous les sens, on récupère tous les fonds de bouteille d'eau qui traînent pour l'asperger, et finalement on le relève en le tenant par les cheveux. Le pauvre bonhomme a les yeux révulsés et marche difficilement, avec une coordination des mouvements qui a l'air sérieusement entamée! Le chef nous rassure, c'est pas bien grave et ça arrive parfois. I stret nomo...

De notre côté c'est déjà le moment de remonter dans l'avion pour rejoindre la prochaine île, Epi. Au passage, on survole une autre île, Ambrym, connue pour héberger non pas un mais deux volcans actifs. Paysages lunaires, fumerolles et panorama grandiose depuis le hublot de l'avion (je suis décidément amoureux des volcans)!

  

Et finalement, on atterrit à Epi. L'aéroport se résume à une piste en herbe le long de la mer - à peine débarqués, on monte dans un bateau pour aller prendre le déjeuner un peu plus loin. Maintenant qu'on a mangé, on peut partir à la poursuite du dugong, un mammifère marin en voie d'extinction qui a la réputation de traîner dans le coin.

  

Pas de chance pour cette fois, le dugong restera bien caché - je me contenterai d'une petite session snorkeling suivie d'une bonne marche sur la plage pour profiter du paysage et ramasser quelques coraux.

  

Et puis, on remonte sur le bateau, on traverse la baie dans l'autre sens, on remonte dans l'avion, on décolle, on survole de nouveau le Pacifique, le soleil descend sur l'horizon, on aperçoit Efate, l'île de Port-Vila... et voilà, on est revenus à la civillisation.

  

Une bien belle journée, riche en dépaysement. Sur la route du retour je comprends pourquoi tout le monde dit que les îles n'ont rien à voir avec Port-Vila, qui est bien moderne et développée en comparaison. Il va falloir retourner explorer tout ça plus en détail!