Oruro est une ville située en plein dans l’altiplano à plus de 3700m d’altitude - à peu près à mi-chemin entre La Paz et Sucre.
J’ai décidé d’y passer quelques jours, parce que j’avais moyennement envie de me taper 15h de bus d’un coup pour rejoindre Sucre.
Après quelques péripéties de bus (qui est parti 2h en retard et est arrivé à
20h30 au lieu de 17h, viva Bolivia) me voici donc au centre ville d’Oruro. Mon
premier sentiment a été: qu’est-ce que je suis venu faire ici? rapidement
suivi de: je ne sortirai jamais vivant de cet endroi t. Comme m’a dit
quelqu’un avant de partir: “y’a quoi à Oruro? Sur Wikipedia ils disent un
carnaval (mais c’est pas la saison) et un lac avec des poissons…”. Et bien
en effet, la ville au premier abord n’est pas des plus accueillantes.
Il faut savoir qu’Oruro fut une des grandes villes minières de Bolivie (notamment pour l’étain), qui est un peu tombée en désuétude depuis une dizaine d’années, à cause de la chute des cours. Forcément, ça respire pas la joie.
Ceci dit, après une bonne nuit réparatrice, je découvre une autre facette: même si ce n’est pas la saison du carnaval, les habitants semblent avoir la fête dans la peau et semblent toujours avoir un bon prétexte pour défiler en jouant de la musique dans la rue. Le jour, la nuit, pendant tout le temps que j’y ai passé j’ai vu des défilés à chaque carrefour ou presque - dans l’indifférence générale de la population locale, qui semblait un peu excédée du fait que ça bloquait les rues et que ça faisait du bruit.
Les observateurs attentifs remarqueront la classe avec lequel le touriste se fait prendre en photo dans le défilé.
J’ai aussi visité une mine désaffectée et j’en ai profité pour m’incruster
dans un groupe d’écoliers qui avait un guide très intéressant. J’ai donc
appris des tas de choses sur les croyances des mineurs (qui datent d’avant la
colonisation), et comment elles ont été revues et corrigées à la sauce
catholique à l’arrivée des Espagnols. Ainsi, en plus de
Pachamama (la Terre Mère), la déesse
toute puissante pour les peuples andins, chaque mine a son Tio , sorte de
créature qui y habite et à qui les mineurs font des offrandes. Lorsqu’ils
prennent de la coca, la première feuille est jetée à terre, ou lorsqu’ils
boivent une bière ou de l’alcool, la première gorgée est jetée à terre aussi -
ce qui est un moyen de demander pardon / la permission d’exploiter les
ressources naturelles de Pachamama. Pendant que Pachamama était plus ou moins
assimilé à la Vierge, le Tio a lui été transformé en incarnation du diable par
les Espagnols, qui trouvaient le concept un peu trop païen… mais le principe
des offrandes est resté.
Voilà voilà. Oruro est finalement une ville plutôt sympathique que j’ai bien aimée. Je n’ai vu qu’un seul touriste pendant 2 jours et j’ai eu cette impression d’être vraiment en Bolivie, comparativement à La Paz et Copacabana. En plus de ça, les boutiques et les murs de la ville sont joliment décorés. Ceci étant, comme je ne suis ni mineur ni danseur de carnaval, j’en ai quand même vite fait le tour. En route pour Sucre, la capitale officielle du pays!