Me voilà parti pour une folle épopée: une semaine en voiture de location depuis Santiago jusqu’à la région des lacs, au sud du pays…
et retour. Pour la première fois depuis plus de 4 mois, je me déplace par mes propres moyens et je voyage en bonne compagnie.
L’aventure commence à l’aéroport de Santiago, où je grimpe dans une Mazda 2 rutilante. Tout se passe bien, je sais encore conduire. L’idée est bien sûr de prendre la Ruta 5 , l’autoroute qui traverse tout le pays du nord au sud… Pas de bol, les panneaux ne sont pas très explicites et on se retrouve en direction de Valparaíso et de la côte pacifique, ce qui n’est pas du tout le bon chemin. À la première sortie on quitte l’autoroute, pour se retrouver sur une route toute pourrie qui est en travaux: circulation alternée avec 10 bonnes minutes d’attente à chaque section de travaux… En plus de ça, on ne peut pas reprendre l’autoroute dans l’autre sens. Premier contact avec le concept chilien des routes et autoroutes, qui nous vaudra un sacré paquet de déconvenues par la suite!
Deuxième découverte: les autoroutes chiliennes sont truffées de péages. Toutes les heures environ, il faut payer un petit quelque chose. Après avoir roulé tout l’après-midi (dans la bonne direction cette fois), on quitte l’autoroute pour tenter de rejoindre la côte et dormir dans un endroit sympa. Troisième constat: tout ce qui n’est pas une autoroute a un revêtement complètement défoncé avec des trous un peu partout.
Le soleil est couché depuis un moment, et la côte semble encore être à plusieurs dizaines de kilomètres… Tant pis, on fait demi-tour et on se rabat sur Chillán, où on arrive bien tard dans la soirée. Petite surprise le lendemain matin en reprenant la voiture: il manque l’enjoliveur de la roue avant droite, qui a sûrement sauté dans l’un des nombreux nids de poule qui parsemaient la route hier soir. Me voilà à essayer de trouver un enjoliveur de Mazda 2 dans Chillán, ce qui me donne l’occasion d’élargir mon vocabulaire en espagnol (ça s’appelle tapa de rueda , au cas où ça intéresse quelqu’un)… Évidemment, personne n’en a en stock, donc on repart après avoir installé des serre-flex sur ceux qui restent pour ne pas les perdre à leur tour.
Un paquet d’heures plus tard, on arrive à Temuco, une plus grande ville. Et c’est reparti pour essayer de trouver la pièce en question (Bonjour, vous avez des enjoliveurs de Ford Pinto? - je sais qu’il y en a au moins un qui comprendra la référence :]). En désespoir de cause, on en commande un qui sera envoyé de Santiago et qu’on récupérera au retour.
Et finalement… on arrive à Villarrica, au bord du lac du même nom et au pied du volcan éponyme. La chance tourne - on finit par s’installer dans un hôtel très chouette avec vue sur le lac et le volcan, tenu par un couple franco- allemand adorable. Le lendemain, c’est le moment de profiter du beau temps (plutôt rare dans la région) pour se promener dans les environs. Les lacs à l’eau translucide et d’un bleu fluo s’enchaînent, et il faut regarder les cimes enneigées alentour pour se rappeler qu’on est au nord de la Patagonie et pas dans les Caraïbes :) Après s’être lancés dans un trek “facile” on se retrouve d’ailleurs à marcher au milieu de la neige. Et le soir venu, on passe aux thermes “nocturnes” - les bassins d’eau chaude sont à ciel ouvert et permettent de se délasser en regardant les étoiles…
On
continue toujours plus au sud, en faisant de nombreux détours dans l’arrière-
pays - non sans rencontrer quelques vaches en chemin :) Détail amusant:
beaucoup de colons de la région étaient d’origine allemande - à tel point que
les noms de rues sont souvent germaniques, la pâtisserie locale est le
kuchen (gâteau en allemand), et l’église de Puerto Varas semble tout droit
sortie de la Forêt-Noire (les architectes allemands qui l’ont construite ont
d’ailleurs copié sur celle de Baden-Wurtemberg).
On poursuit jusqu’à Ensenada, que le Lonely Planet dépeint comme une bourgade pittoresque, et qui se trouve être l’équivalent chilien du patelin paumé de chez nous: deux kilomètres de route (en travaux bien sûr) avec une poignée de maisons de chaque côté. Le choix est plus que limité niveau hôtels et on finit par dormir chez une vieille dame un peu à la masse (mais quand même moins que son… mari? père? enfin le gars qui comate sur le canapé). Heureusement, il y a pas loin quelques attractions sympathiques, comme les chutes de Petrohue et bien sûr les éternels lacs et volcans, qui se sont maintenant couverts d’épais nuages.
En remontant vers le nord on passe à Valdivia, mais le temps pluvieux et l’ambiance triste de la ville ne donnent vraiment pas envie d’y passer la nuit… Un peu dépités on décide de remonter sur Villarrica qui nous avait bien plu - non sans passer plus d’une heure à nous perdre dans la ville pour retrouver le bon chemin (merci les panneaux de signalisation chiliens!). Après une caipirinha réparatrice, on se consacre le lendemain à la visite des Termas Geometricas. C’est un complexe de thermes “design” situé dans une sorte de petite vallée, avec plein de bassins entre 35 et 40° qui génèrent une sorte de brume tropicale perpétuelle. La végétation est luxuriante et l’endroit vraiment sympathique!
Et comme une semaine ça passe vraiment vite, il est temps de remettre le cap au nord. On récupère notre enjoliveur sans problème, et on fait une petite pause aux Saltos del Laja , à quelques kilomètres de l’autoroute. Et, un peu têtus, on tente une nouvelle fois de rejoindre la côte pacifique. Cap sur Constitución, ville qui n’apparaît dans aucun guide. Quitte ou double, on verra bien… Comme dirait Chaplin, « l’obstination est le chemin de la réussite »: on arrive juste à temps pour apprécier le coucher de soleil. Et on touche le jackpot en dormant dans un bungalow avec vue directe sur la mer :)
Et enfin, dernier matin avec la voiture: le temps de faire quelques pauses pour prendre en photo les rochers impressionnants de la côte ou les pélicans qui y nichent… et c’est le retour sur Santiago, avec plus de 3000 kilomètres au compteur.
Pas vraiment le temps de souffler: on saute dans un bus, et cap sur Valparaíso, la perle du Pacifique!